Ma mère a 84 ans. Toute sa vie, elle s’est montrée ouverte et souriante vis-à-vis des inconnus, sans égard pour leur âge, leur genre, leur travail ou la couleur de leur peau. Dans une salle d’attente, dans un McDo en sirotant son café, dans un autobus; elle fait connaissance avec le monde qui l’entoure. Dernièrement, je lui ai demandé si elle avait déjà reçu un mauvais accueil. Étonnée, du haut de ses cinq pieds, maminouche me regarde et me répond : Non, jamais. Je reçois sa réponse avec joie. Pourquoi?

 

Parce que maminouche est l’exemple parfait de l’application de l’effet Pygmalion. Cet effet a été étudié par Rosenthal et Jacobson qui ont confié des rats à des étudiants chargés de les dresser. Au premier groupe d’étudiants, ils leur ont fait croire qu’ils avaient des rats particulièrement doués, et au deuxième groupe que les leurs l’étaient beaucoup moins. Dans les deux cas, les rats étaient semblables. Par la suite, les psychologues ont observé que le premier groupe montrait de l’intérêt et de l’affection (eh oui!) pour ses rats, alors que les autres étudiants étaient plutôt indifférents vis-à-vis des leurs. À la fin de l’expérience, les rats supposés « savants » retrouvaient facilement leur chemin dans le labyrinthe, alors que les autres erraient sur place. Cette expérience a été répétée dans le milieu de l’enseignement, montrant que l’effet Pygmalion fonctionne aussi avec les humains.

 

Quel est le rapport entre les rats, vous et maminouche? En quoi cet effet peut-il vous aider? Eh bien, il peut vous aider dans toutes vos relations, communications et négociations. Par exemple, et si en désirant parler d’un problème, vous supposez que votre interlocuteur (patron, voisin, collègue, frère) sera récalcitrant (méfiant, fermé, agressif) alors que vos prévisions ne correspondent pas à la réalité, vous risquez vous-même d’adopter un comportement récalcitrant. Votre interlocuteur, en décodant votre comportement, répondra à vos attentes et il deviendra également récalcitrant alors qu’au départ, il ne l’était pas. Vous devenez un « magicien » qui réalise ses propres prophéties négatives.

 

L’image que vous vous faites de l’autre influence votre comportement. Si vous croyez, comme maminouche, que les autres sont ouverts et possèdent un esprit de collaboration, vous aurez vous-même cette attitude, et votre interlocuteur y répondra de la même façon. Puis, à un certain moment, les comportements de l’un vis-à-vis de l’autre se renforcent pour aboutir à la collaboration. Curieusement, vous oublierez que c’est vous qui avez créé cette dynamique.

 

Et même si l’autre est effectivement agressif ou compétitif, et qu’en travaillant sur vous-même vous optez pour l’aborder de façon collaborative, vous avez une chance de changer la dynamique. Il est difficile de rester agressif vis-à-vis d’une personne respectueuse et souriante.

 

Maminouche commence à souffrir d’Alzheimer. Malgré cela, elle garde toujours son désir de créer une connexion avec l’humanité de l’autre. Elle ne lira pas cette chronique. Qu’importe! Je désirais simplement lui rendre un hommage public et la remercier de m’avoir transmis cette croyance qui est tellement puissante et efficace dans ma vie quotidienne et dans mon rôle de médiatrice.

 

Encore merci, maman, je t’aime.