Lors d’une négociation ou d’une situation en gestion de conflits, il n’est pas rare que l’une ou l’autre des parties doive accepter une perte, abandonner une position et faire des compromis.
Tous les humains affrontent des pertes, petites et inévitables, et meurent un peu tous les jours. Toutefois, il existe des situations importantes qui entraînent  nécessairement une négociation. Par exemple, la terminaison d’un emploi, l’atteinte à sa dignité ou à son intégrité physique, la fin d’une association ou la survenance d’un divorce accompagné de ses nombreuses pertes (famille, rêves, maison, conjoint) créent un lot important de souffrances. On dira des personnes qu’elles doivent passer à travers les étapes du deuil.

Jean Montbourquette décrit les 8 étapes du deuil comme suit :
1- le choc, 2- le déni, 3- l’expression des émotions, 4- la réalisation des tâches rattachées  au deuil, 5- la découverte d’un sens à la perte, 6- l’échange de pardons, 7- l’héritage, 8- la célébration de la fin du deuil et la vie nouvelle.

Idéalement, il faudrait attendre que le deuil soit terminé pour négocier (9 mois à 2 ans), mais les exigences du quotidien et la frénésie de notre société pressent. Une chose est certaine, vouloir négocier trop tôt, c’est risquer les résistances et les blocages.

Voici quelques attitudes et techniques qui pourraient favoriser la négociation :
–  Donner du temps dans la mesure du possible ou négocier un échéancier acceptable pour toutes les parties ;
–  Éviter les jugements et les interprétations, chaque personne vit de manière unique et différente les revers ;
–  Ne pas tenter de raisonner la personne ou de dédramatiser, surtout dans les étapes 1 à 4. Ce sont les émotions qui ont droit de cité et non la raison ;
–  Ne pas dire à l’autre ce qu’il gagne au change, car une perte signifie aussi, selon l’auteur Montbourquette, une chance de grandir et d’évoluer. Il s’agit d’une prise de conscience qui appartient à l’endeuillé ;
–  Reconnaître que le manque puisse être important pour l’autre, bref faire preuve d’empathie et ne pas juger de son point de vue ;
–  Permettre à l’autre de nommer ses sentiments et ses besoins, ou l’aider à les nommer et à les reconnaître, accepter de les entendre, même si ce n’est pas facile, ou dit en mode de blâmes ou de manière irrespectueuse ;
–  Donner des réponses franches et honnêtes aux questions posées, ne pas ajouter de l’ambiguïté à une situation déjà difficile ;
–  Parler de ses sentiments, de ses besoins et de ses pertes, car il est fort possible que ceux-ci soient partagés, bien que différents. Par exemple, dans les situations de divorce, à peu près tout le monde y perd (les deux conjoints et leurs enfants) ;
–  Si l’une des deux parties semble subir moins d’inconfort ou être en situation de victoire, la retenue est la bienvenue, car elle évite d’augmenter la souffrance de l’autre ;
–  Utiliser des critères objectifs et neutres, et négocier sur les besoins et intérêts et non à partir des positions. Faire une première offre qui soit raisonnable.

Enfin,  il peut être utile de recourir à un médiateur qui aidera les parties à négocier, surtout si chacune d’elle se sent gérée par les émotions. Il est également possible que l’une des parties soit incapable, pour diverses raisons, de faire preuve des attitudes et techniques suggérées ci-haut. Le médiateur qui est un spécialiste en gestion de conflits et en négociation saura créer le climat nécessaire à la recherche de solutions constructives et positives.

 

*Jean Monbourquette, « Grandir, aimer, perdre et grandir » Édition Novalis, 2004