Alors que j’agis à titre de médiatrice, l’homme devant moi, qui reconnaît avoir commis des gestes de pédophilie, m’explique sa position. Il est poursuivi au civil, et la réclamation en dommages s’élève à 211 000 $. Une autre fois, c’est un mari qui a couché avec la meilleure amie de son épouse dans le lit conjugal qui baisse les yeux en me parlant. Il y a aussi eu cette femme coupable de vandalisme et de petits vols envers une collègue qu’elle détestait.

 

Toutes ces personnes sont rongées par la honte à un degré plus ou moins élevé. Et moi, je les aide à trouver des solutions dans les situations compliquées auxquelles elles sont confrontées. Je ne suis pas psychologue, comme la plupart de vous, chers lecteurs. Alors quelle attitude adopter?

 

La honte, c’est une émotion que l’on décrit comme complexe à cause de ses multiples dimensions (sociale, secrète, narcissique, corporelle et spirituelle). Elle s’accompagne de sentiments divers : impuissance, rage, désespoir, tristesse, peur, gêne, etc. Elle peut engendrer des troubles comme l’alcoolisme, les dépendances, la dépression, la phobie et, à l’extrême, les pensées suicidaires. On vit de la honte parce qu’il y a une dimension sociale. Cette émotion est vécue « devant » les autres et « en fonction » de leur jugement. La personne se sent humiliée devant le jugement de l’autre et envers celui qu’elle porte envers elle-même. Par ailleurs, la honte possède aussi une fonction positive et régulatrice de la vie en société. Elle signale les limites à ne pas dépasser et évite le passage à l’acte. Il y aurait encore beaucoup à écrire, mais ce n’est pas mon objectif. En fait, je souhaite simplement partager mes clés d’intervention, et en voici quelques unes :

  • Je me situe bien dans mon rôle d’intervention et je réfère mes clients à des spécialistes, au besoin.
  • J’interroge ma conscience afin de savoir si j’ai assez de distance émotionnelle et donc assez de sérénité. Évidemment, cela signifie se connaître et être capable de reconnaître ses propres expériences de honte et ses mécanismes de défense.
  • Je mise sur l’empathie : et si j’étais à la place de cette personne? Je me pose la question suivante : « Quelle souffrance amène une personne à poser de tels gestes? »
  • À partir de mon humanité, je me connecte à l’humanité de l’autre.
  • Je surveille mes jugements, même ceux silencieux, car la personne n’a pas besoin que j’en ajoute à son fardeau.

 

Il arrive durant l’intervention que mes valeurs soient heurtées. J’avoue que de me retrouver en face d’un pédophile a fait monter en moi à quelques reprises de la colère et du mépris. Aussitôt, je  me resituais dans mon centre empathique. En fait, il s’agit de faire preuve de bienveillance d’abord pour soi, puis envers l’autre, ce qui est d’autant plus important si c’est une personne près de nous (parent ou ami) qui compte sur notre soutien. Pouvons-nous démontrer de l’empathie et de la bienveillance envers cette condition humaine que nous partageons tous ? Un grand sage a déjà dit :   « Que celui qui n’a jamais pêché lance la première pierre ».